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Syrie: des mineurs pris au piège d'une prison après une attaque jihadiste


Lundi 24 janvier 2022 à 13h19

Beyrouth, 24 jan 2022 (AFP) — Les combattants kurdes ont été déployés lundi en force en vue d'un assaut contre une prison à Hassaké en Syrie attaquée par des jihadistes, suscitant de vives inquiétudes quant au sort de centaines de mineurs encore détenus.

Le 20 janvier, plus d'une centaine de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont pris d'assaut la prison de Ghwayran avec des camions piégés et des armes lourdes. Des violents affrontements ont suivi pendant plusieurs jours autour et au sein même de cette prison du nord-est syrien.

Selon un nouveau bilan établi lundi par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 154 personnes ont été tuées en cinq jours de combats entre forces kurdes et jihadistes --102 jihadistes, 45 combattants kurdes et sept civils.

Fer de lance de la lutte contre l'EI, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes et des membres de la coalition emmenée par les Etats-Unis ont consolidé leurs positions autour de la prison, en vue de mener un assaut, selon l'OSDH.

Mais leur progression est entravée par la présence de mineurs dans la prison, pris "en otage" et utilisés comme "boucliers humains" par les jihadistes, d'après un communiqué des FDS. Auparavant détenus dans un "centre de réhabilitation", ces mineurs sont désormais enfermés dans un dortoir, ont-elles assuré.

- "Risque considérable" -

Ces mineurs sont au nombre de 850 et certains n'ont que 12 ans, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), qui a appelé à les protéger et souligné le "risque que les enfants soient blessés ou recrutés de force" par l'EI.

Pour Sara Kayyali, chercheuse chez Human Rights Watch (HRW), des "enfants sont en effet pris au piège" dans la prison, la plupart âgés entre 12 et 18 ans.

La chercheuse a dit avoir reçu un message vocal d'un mineur blessé à Ghwayran qu'"il y a des cadavres partout". "Les enfants encourent un risque considérable des deux côtés."

L'ONG Save the Children, qui a aussi reçu un message vocal de la part d'un mineur implorant de l'aide, a appelé à évacuer immédiatement les enfants de la prison.

La prison de Ghwayran -une ancienne école reconvertie en centre pénitentiaire il y a trois ans lors de la défaite de l'EI- était largement surpeuplée avant l'assaut, avec au moins 3.500 jihadistes parmi les détenus selon l'OSDH.

- Couvre-feu -

Principal soutien des forces kurdes lors de leurs offensives contre l'EI, les forces de la coalition basées dans la région se sont massivement déployées à Hassaké.

Des hélicoptères de la coalition survolent la zone où se situe la prison, selon un correspondant de l'AFP sur place. Sur le terrain, les combattants kurdes multiplient les efforts pour retrouver des fugitifs.

Les autorités kurdes ont décrété "un couvre-feu complet à Hassaké et ses alentours pour sept jours à compter du 24 janvier", afin d'"empêcher les membres de cellules terroristes de s'échapper".

Hormis ceux de première nécessité, les commerces doivent fermer.

Alors que le nord-est de la Syrie est en proie à un froid glacial, des civils habitant près de la prison ne savent pas où fuir.

Octogénaire, Hamcha Sweidan a dit à l'AFP: "nous allions mourir de faim et de soif" mais "maintenant nous ne savons pas où aller".

Selon Nicholas Heras, du Newlines Institute à Washington, "les évasions de prison représentent la meilleure opportunité pour l'EI de retrouver sa force et la prison de Ghwayran est une bonne cible car elle est surpeuplée".

Les Kurdes, qui contrôlent des régions du nord et nord-est de la Syrie, réclament en vain depuis des années le rapatriement de quelque 12.000 jihadistes de plus de 50 nationalités --européennes et autres-- détenus dans leurs prisons.

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie s'est complexifiée au fil des ans avec l'implication de puissances régionales et internationales et la montée en puissance des jihadistes.

Malgré sa défaite en 2019, l'EI parvient toujours à mener des attaques meurtrières grâce à des cellules dormantes.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.