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Les Kurdes d'Irak font fi des menaces de Bagdad contre le référendum d'indépendance


Dimanche 24 septembre 2017 à 18h22

Erbil (Irak), 24 sept 2017 (AFP) — Les Kurdes irakiens ont décidé de tenir leur référendum d'indépendance lundi "quel qu'en soit le risque et le prix" et malgré les menaces du Premier ministre irakien de prendre "les mesures nécessaires" pour préserver l'unité du pays.

"Le partenariat a échoué avec Bagdad et nous ne le reprendrons pas. Nous sommes arrivés à la conviction que l'indépendance permettra de ne pas répéter les tragédies du passé", a martelé le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, lors d'une conférence de presse.

"Nous nous attendons à des réactions d'un côté ou de l'autre, mais nous en sommes venus à une conviction: que, quel que soit le risque et le prix, c'est mieux que d'attendre un sombre destin", a-t-il clamé.

Il a toutefois souligné qu'une victoire du "oui" ne serait que le début "d'un long processus".

Intervenant depuis Bagdad dans un discours prononcé au même moment que la conférence de presse du leader kurde, le Premier ministre Haider al-Abadi a de son côté refusé le divorce.

"Prendre une décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région avec un référendum de séparation est contre la constitution et la paix civile", a-t-il insisté.

Un peu plus tôt dans la journée, parmi les pays voisins, l'Iran avait pris une première mesure de rétorsion en interdisant jusqu'à nouvel ordre tous les vols avec le Kurdistan irakien, à la demande du gouvernement de Bagdad.

- 'Intentions diaboliques' -

Malgré ces mises en garde, à Erbil, capitale du Kurdistan et fief du président Barzani, les drapeaux kurdes flottent partout dans les rues, sur des voitures et sur les maisons. La majorité des gens affirment vouloir aller voter pour ce scrutin historique mais en craignent les conséquences.

"En fait, nous attendons avec impatience de savoir quelle sera la situation après le 25 septembre, car la majorité des Kurdes voteront pour l'indépendance pour réaliser notre rêve d'un État indépendant", a assuré Ahmad Souleimane, 30 ans.

"Ce qui nous fait peur, c'est que nos ennemis ont des intentions diaboliques à notre encontre", a-t-il ajouté.

Les Kurdes sont appelés à voter dans les trois gouvernorats qui forment depuis 2003 la région autonome du Kurdistan, mais aussi dans les territoires que se disputent les Kurdes et les autorités de Bagdad, comme la riche province pétrolière de Kirkouk.

"Nous sommes tous pour l'indépendance car nous ne voyons pas l'intérêt de rester au sein de l'Irak, mais nous avons peur des complots ourdis par les pays voisins", a confirmé Kamaran Mohammad, 27 ans.

"Aujourd'hui, nous (les) voyons (...) mettre de côté leurs différences pour s'allier contre nous", a poursuivi ce vendeur de vêtements.

Inquiète à l'idée qu'Erbil suscite les velléités séparatistes de sa minorité kurde, la Turquie a déjà dit que sa réponse aurait des volets "sécuritaire" et "économique", pendant que l'armée turque a intensifié ses manoeuvres à la frontière.

Aux yeux d'Ankara, "le référendum de lundi est illégitime, nul et non avenu", a réaffirmé dimanche le Premier ministre turc, Binali Yildirim.

- 'Action provocatrice' -

Dans ce contexte tendu, la crainte est palpable à Souleimaniyeh, deuxième ville du Kurdistan irakien, contrôlée par l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK), les rivaux de Massoud Barzani.

"Demain, je voterai +non+ car j'ai peur d'un embargo sur la région, d'une guerre civile avec (l'organisation paramilitaire majoritairement chiite) Hachd al-Chaabi et de me réveiller pour voir des soldats turcs patrouiller", explique Kamiran Anouar, un enseignant de 30 ans.

A Kirkouk, après la ruée samedi sur les produits alimentaires, tout était calme dimanche. Dans les rues, les drapeaux kurdes se mélangeaient à ceux de la célébration chiite d'Achoura, avec les figures des deux imams Hussein et Ali.

Kurdes, Arabes et Turkmènes se côtoient à Kirkouk, mais les responsables kurdes affirment qu'elle leur revient historiquement, arguant que l'ancien dictateur Saddam Hussein les en a chassés et les a remplacés par des Arabes.

Les menaces se font par ailleurs de plus de plus en plus fortes à l'intérieur même de l'Irak.

Le chef des forces paramilitaires du Hachd al-Chaabi, Faleh al-Fayad, a affirmé que "cela coûterait cher à ceux qui ont organisé ce référendum". "C'est une action provocatrice qui va détruire les relations entre Arabes et Kurdes", a-il dit.

Cette milice très majoritairement chiite a été créée en juin 2014 pour lutter contre le groupe État islamique (EI).

Washington et de nombreux pays occidentaux ont aussi appelé à repousser ou annuler le référendum, estimant qu'il entravera la lutte contre l'EI, qui tient encore deux bastions en Irak.

"Je suis frustré par la positions des États, les réactions actuelles ne sont pas bien réfléchies mais je pense qu'ils changeront", a rétorqué M. Barzani.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.